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Passages à l'Act
est une revue numérique de littératures
publiée avec le concours
de la Région Rhône-Alpes
Directeur de la publication
Henri Poncet
avec Catherine Champanhet,
Annette et Marius Colliot-Thélène
abonnements
France (4 volumes) : 70 euros
Étranger (4 volumes) : 80 euros
Abonnement de soutien : 250 euros
(et + si affinités)
• bulletin d'abonnement
le volume
France : 25 euros
Étranger : 30 euros
vol 1-2 : ISBN 978-2-35513-005-2
132 pages, format 21 X 30 cm

Felipe NUNEZ
photographie tirée de la revue
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4 compositions de
Ray DiPalma
tirées de la revue
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photographie de
Aurore de Souza
tirée de la revue
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La beauté du geste
Une revue, encore ? Un éditeur, encore ? Oui mais non.
L'ACT MEM renaît des cendres de Comp'Act ; la première livraison de Passages à l'act, prolongeant feue La Polygraphe, vient marquer cet événement, manifestant encore par le choix de ses textes le refus d'esprit de chapelle, une exigence envers la littérature, et le désir de faire connaître ceux dont les lecteurs français sont plus ou moins privés. Il est toujours intéressant sinon émouvant de se rendre sensible au choeur voulu par l'éditeur des textes anciens et contemporains, à quoi tient notamment l'intérêt d'une revue littéraire ; un opus nouveau en émerge, sorte de polyphonie de voix que la poésie a inspirées, en Chine en 385, en Italie en 1908, en Suède en 1951, ou encore aux États-Unis, maintenant.
Une trentaine de contributions s'organise en trois parties, « Textes » (littéraires), « Détours » : textes critiques aigus et quelquefois féroces (ce n'est pas qu'on soit fan de Desplechin, mais à quoi bon ?) sur un écrivain ou sur un ouvrage, et « Dossier », destiné à « questionner la pensée critique, auprès de ceux qui ont participé à la modernité », ici consacré à Jacques Henric, figure de Tel Quel, romancier, essayiste et photographe. Les « Textes » procurent quant à eux moult jouissances. Hors frontières côté nord on fait la découverte du remarquable poète néerlandais Gerrit Kouwenaar et du grand Suédois Bruno K. Oijer, dont il faut lire/voir le travail sur la majuscule et sur la répétition comme production non pas de sens mais d'effet quasi physique, oppressant. À l'inverse, « Devant une architecture grise et rosé/ repose notre esprit », lit-on dans Leonardo Sinisgalli, qui explicite ainsi l'impression que nous font ses vers mêmes, amples et harmonieux. Parmi les traductions on notera aussi « Postmodernes, antimodernes », réflexion mi-philosophique mi-satirique, véloce et brillante, de Felipe Nûnez sur la modernité et le fleuron de celle-ci conceptualisée sous le nom du public. S'inscrivent dans la même veine revigorante les deux textes du traducteur de ce dernier, Dominique Meens, dont on préfère le deuxième, bien que dans un genre déjà vu du journal sardonique un brin amer. Ainsi que la stimulante réflexion de Martin Rueff inspirée d'Aristote : à côté de la puissance d'agir, la capacité de ne pas passer à l'acte est elle aussi la mesure de la grandeur de l'homme ; et l'acte même peut encore contenir en lui une composante de retenue, en ne diminuant pas mais au contraire en augmentant de son effet. À lire aussi, les belles médiations sur Coltrane par Jean-Pierre Pincemin, et sur Yasujirô Ozu par Jacques Sicard. Pour en revenir à la poésie et française, louons « Stemmata strirpis Humanae » de Frédéric Gabriel, étonnant « organon » dont chaque mot contribue à articuler et à révéler une évidence. On n'oubliera pas la texture dense et soutenue, aux allures beckiennes, de « Province » de Philippe Blanchon, et la sincérité tendue de Pierre Ouellet. Dans un genre à part, Jean-Patrice Courtois tente avec succès le difficile exercice de penser sur le mode poétique quelques notions - le vide, l'être, la production, le discours, la multitude - alors que «L'enquête s'avère difficile à la recherche d'un geste de travail, de perception et de pensée ». Puis, on s'arrêtera net pour le relire encore et encore le texte de Hélène Sanguinetti, justifiant son hermétisme maîtrisé par une beauté neuve, qui n'est pas sans rappeler Savitzkaya, surgie là des mots et syntagmes associés indûment dans une cascade de visions-éclairs comme venues de couches de vie intactes, primitives : « Ce fut douceur, la tenait par la main son poignet lui apprenait comment un bout de langue et de peau âpres et têtues une langue sans mots enfin, Ami pour toujours, disait-elle...»
Enfin, magnifique cerise sur un gâteau déjà pas décevant, Christophe Lamiot livre une traduction de trois « Nouveaux américains ». La magistrale précision, lexicale et spatiale de Hank Lazer (« sinon/ le corps physique/ que sommes nous ») ; l'émotion contenue et profonde des vers d'Andrew Zawacki, cependant presque dépourvus de pronoms je et moi ; l'intimité du regard et de la plume de Claire Potter, et la puissance réparatrice de sa manière d'articuler l'expérience : on nous offre là des pages où puiser longuement satisfaction et nourriture.
Marta Krol, Le Matricule des anges n°87, octobre 2007
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sommaire du volume 1-2
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Jean-Pierre Pincemin
Jazz |
textes
Léonardo SINISGALLI, L’âge de la lune, 3
Gerrit KOUWENAAR, Ceci n’est, 5
Dominique MEENS, Limandes, 7 > lire ce texte
Felipe NÚÑEZ, Postmodernes, antimodernes, 10
Philippe BLANCHON, Province, 17
Franck HOUNDEGLA, Une rame de métro, 19
Pierre OUELLET, Quelqu’un, 21
Jacques SICARD, Ozu, Ciné poème, 25
Daniel POZNER, Cailloux, 30
Jean-Pierre PINCEMIN, Jazz, 33
Frédéric GABRIEL, Stemana Stirpis Humanae, 35
Martin RUEFF, Pour le passage à l’acte, 38
Anne TALVAZ, Confessions d’une Joconde, 42
Claire MALROUX, Rayures du monde, 46
Jean-François PUFF, Je minuscule, 49
Frédéric GABRIEL, Scholies glosées, 51
Jean TODRANI, Proses de Camargue, 54
Xie LINGYUN, Montagnes & Eaux, 58
(présentation et traduction de Gérard Dupuy)
Amélie COLLET, Ou ne pas être, 68
Bruno K. OIJER, Robe propre et sale, 74
Claire MALROUX, Improvisation, 77
Jean-Patrice COURTOIS, Emballages, 79
Dominique MEENS,
Deux plus trois poèmes font cinq, 84
Hélène SANGUINETTI, Le repas, 86
Christophe LAMIOT,
Nouveaux américains
Hank LAZER, 88
Andrew ZAWACKI, 90
Claire POTTER, 91
détours
pages 93 à 103
Benoît Conort par Pascal Boulanger
Gilles Jallet par Laurent Cassagnau
Marie Desplechin par Pascale Hummel
Jude Stéphan par Jean-François Puff
Jean-Claude Pirotte par Jean-Jacques Vidal
Jean-Pierre Pincemin par Henri Poncet
journal de Joseph Guglielmi
dossier Jacques Henric
Pascal BOULANGER -
L’habitation des images, 106
Jacques HENRIC - Entretien, 107
Andrée BARRET - Ponts, 114
Philippe FOREST - Infiniment Tomber, 117
Elisabeth JOANNÈS -
Comme deux grands animaux spirituels, 124
clichés
pages 105 à 128
Henric, Sollers, Robbe-Grillet, Claude Simon,
Klossowski, Cerisy, le groupe Tel Quel
dans l'ensemble du volume, images de
Hervé Baudat, Nordine Chakri, Patrick Colson,
Thierry Costesèque, Aurore De Souza, Ray DiPalma, Gérard Dupuy, John Ford, Claude Fournet, Franck Houndegla,
Jacques Henric, Onuma Nemon,
Yasujiro Ozu, Jean-Pierre Pincemin...
en rappel de La Polygraphe
et des Éditions Comp’Act
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« Si le silence habite l’interprétation monkienne, celle de Coltrane témoigne au contraire d’une singulière obsession du plein qui lui donne son accent avide, parfois haletant : tout se passe comme si la ligne improvisée, loin de se découper dans le temps, se devait au contraire de l’intégrer en se ménageant le maximum de pause et en se peuplant du maximum de notes. Le musicien soumis à un engagement physique total ne paraît alors mesurer son jeu que par les nécessités de son souffle. »
« La tension des solos coltraniens ne doit guère à une construction dramatique : elle résulte plutôt d’un épaississement progressif du tissu sonore. Coltrane commence volontiers dans l’aigu par l’utilisation péremptoire de ce que nous avons nommé les éléments préexistants, puis, comme si l’on assistait à une polarisation et à une cristallisation, les segments sonores deviennent plus denses. Ils se déploient finalement en des sortes de “coulées” qui affectent la totalité des registres de l’instrument et se succèdent par vagues qui se recouvrent. Au plus haut point d’effervescence, ces “coulées” éclatent en un tourbillon de notes brèves dont on ne peut qu’avoir une perception d’ensemble et que nous avons désigné plus haut sous le terme de “halo” sonore. »
«... chez Coltrane, la subversion du thème engendre une fastueuse prolifération sonore. » « L’art coltranien a la beauté cruelle et toujours renouvelée des choses.
Tout le reste est musique. »

peinture de Jean-Pierre Pincemin
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