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Le pont d'Algeciras
Jean Pierre Ceton

roman
ISBN 978-2-35513-013-7
130 pages, 15 X 21 cm, 12 €
en librairie le 15 avril


C'est d'abord un rêve absurde, comme beaucoup de rêves, dans lequel les gens vivent dans des immeubles qui ressemblent à des lits superposés.
Ils se trouvent là sous la coupe d’un haut-parleur qui les bombarde d'informations auxquelles ils essaient souvent d’échapper, ou l'inverse quand ils ne les captent plus.
Puis le rêve vire au cauchemar tant le flux implacable des informations place les personnages de ce roman un peu loufoque dans un espace trop vaste pour eux.
Une sorte de fable sur notre monde contemporain se construit alors sur le chemin de la drôlerie humaine, à l’image du narrateur amoureux qui est plutôt heureux de vivre dans un monde apparemment horrible...
Sans doute parce qu’il ne parvient pas toujours à distinguer les vraies nouvelles de celles qu’il a rêvées.


Jean Pierre Ceton vit et travaille à Paris.
Il a publié à L'ACT MEM, à l'automne dernier, un récit :
Petit homme chéri.

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incipit du livre


Dans la chambrée de lits superposés, parfois jusqu’à dix et plus, je suis installé tout en haut. J’avais beaucoup insisté pour qu’on me réserve cette place lorsque j’étais venu repérer. Pourtant la personne du service ne cessait de me répéter que de toute façon c’était la seule disponible, par les temps qui courent elle avait ajouté, sans que je sache si elle se moquait de moi. Avec le recul cela m’est bien égal, je ne regrette rien, je suis même content d’avoir insisté, on ne sait jamais quand on en fait assez. Ici je me sens à l’aise, presque peinard, en plus je m’entends bien avec mes voisins. Tous ceux que je croise je les salue en souriant, plusieurs fois par jour si c’est le cas, et ils me le rendent bien ce salut, avec le sourire également. Bon, la plupart je ne les vois jamais, je les entends lorsqu’ils partent ou reviennent se coucher, et s’ils sont très bruyants, parfois après une soirée de soûlerie, eh bien je fais comme si je ne les entendais pas.

Le hautparleur est fixé au mur juste au-dessus de mon lit. Tout de suite je l’avais repéré, car sa présence était assez stupéfiante, pas loin de constituer une franche anomalie. Mais c’est seulement plus tard que j’ai intégré son existence avec quelques inquiétudes. J’en avais évidemment parlé à la guide qui me pilotait avant d’emménager, elle avait juste répondu que c’était inévitable. Pas vraiment ce que je lui demandais, j’aurais voulu qu’elle m’assure que ce n’était pas dangereux, que ça n’allait pas poser de problèmes... Ensuite, quand j’étais revenu entre deux rendez-vous déposer mes bagages, je ne m’en étais guère inquiété tant les voisins présents ce jour-là semblaient y être indifférents. Cependant, par acquit de conscience, j’avais fait le détour jusqu’au bureau du service où l’on m’avait expliqué qu’on ne pouvait rien faire car c’était le meilleur emplacement pour que tout le monde puisse capter le hautparleur, que de surcroît on s’y habituait très bien. Une femme plus affable avait ajouté qu’elle devait même dire qu’après un certain temps on ne pouvait plus s’en passer.

Je ne suis pas du genre à réagir à chaud et encore moins à me laisser envahir par la panique. L’un de mes grandspères disait qu’on n’était pas venu sur Terre pour rigoler, l’autre qu’on n’était pas né pour se faire emmerder. Je crois que j’ai opéré une synthèse de ces deux points de vue qui me permet de sortir indemne d’à peu près toutes les situations. Dans le cas présent, j’avais posé que je trouverais bien une solution si c’était trop insupportable.

En fait le hautparleur s’est avéré dès le début représenter une gêne acceptable. Dans la journée on pouvait ne pas y prêter attention, tout comme on ne l’écoute pas forcément dans les couloirs des gares ou dans les allées des centres commerciaux si on est occupé par ses affaires. J’aurais cependant préféré que le volume sonore soit plus faible, mais j’ai vite observé que si je m’agitais trop par exemple, des mots ou des parties de phrases m’échappaient. Donc à volume sensiblement inférieur, j’aurais risqué de ne pas capter tel ou tel détail indispensable à la compréhension d’une information.


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