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Petit homme chéri
Jean Pierre Ceton

récit
ISBN 978-2-35513-002-1
15 X 21 cm, 120 pages, 14 €

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C’est la formidable tendresse que j’ai découverte dans ces lettres de guerre qui m’a poussé à écrire cette histoire.

Le récit de Jean Pierre Ceton raconte comment, ayant trouvé dans une malle un album de cartes postales échangées par ses grands-parents durant la guerre 1914-18, il a vite été emporté par la vie de ses ancêtres.
Adressées de « Petit homme chéri » à « Petite femme chérie », ces correspondances décrivent le début de leur amour, puis les misères que leur impose la guerre alors qu’ils étaient entrés dans une vie toute tracée.
Elles montrent aussi combien la guerre était perçue comme étrangère à leur vie. En tout cas, ce sont les aspects de la vie quotidienne du début de ce XXe siècle qui apparaissent au premier plan, donc la santé, le rythme des saisons, les variations du temps.
Cependant les années de séparation, les blessures au front, la vie sexuelle d’après la guerre et puis la grippe espagnole trament au fond un monde de douleur et de cruauté. D’autant que celui qui échappe finalement à la mort ne semblait pas y être le moins exposé.

Jean Pierre Ceton vit et travaille à Paris.
Il vient de publier à L'ACT MEM son dernier roman
Le pont d'Algéciras.

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incipit du livre


Cette malle, je croyais en connaître le contenu de trucs hétéroclites qui ne m’intéressaient aucunement. Sans doute m’était-elle trop familière, à force de l’avoir vue depuis toujours dans les différentes maisons où nous avions habité. Généralement rangée dans les combles ou dans une chambre de réserve.
Sans la voir, en réalité, je l’ai compris quand je me suis mis à la vider. Et que du fond j’en ai extrait un paquet enveloppé d’un tissu rêche dans lequel se trouvait un vieil album de cartes postales datant du début du XXe siècle.

À peine la surprise de cette découverte passée que l’émotion m’a envahi, comme à la suite d’une autre découverte faite des années auparavant. C’était un jour où j’avais presque fini d’inventorier les caves d’une nouvelle demeure en compagnie de ma mère. Il nous restait encore
à dégager un amas de meubles plus ou moins disloqués avant d’atteindre un pan de mur sur lequel, je l’avais remarquée, était posée une porte, sans savoir où elle aurait mené et vers quoi? Jusqu’à enfin y parvenir, la retourner et comprendre, en apercevant ma personne de toute sa hauteur physique, que ce n’était pas une porte mais un grand miroir dont le tain était intact.
Un rapide examen de l’album m’indiquait qu’il s’agissait de correspondances échangées entre mes grands-parents durant la guerre de 1914-1918, ère chrétienne. Il y avait donc là une possibilité de connaître un peu ces ancêtres, du côté de mon père, que pour la plupart je n’avais jamais connus, à vrai dire que je n’aurais pas pu connaître, techniquement impossible.
Aussitôt je me suis vu partir à la recherche d’un passé m’appartenant sans que je l’aie soupçonné, alors que j’avais toujours privilégié la perspective de m’orienter exclusivement vers l’avenir pour fonder mon identité.

Vite je me suis persuadé de cela: quelqu’un l’avait volontairement caché cet album de cartes postales. Si bien emballé d’un tissu à double épaisseur au fond de cette vieille malle, ce ne pouvait qu’être intentionnel. Oui, quelqu’un l’avait mis de côté, peut-être pour que je le trouve un jour. Une pensée subjective qui n’allait plus me lâcher.

La tentation immédiate avait été de feuilleter l’album à toute allure pour en capter la totalité. Donc de le lire en diagonale, tout en saisissant cependant l’essentiel.
Impossible, c’était impossible, il fallait repartir du début, être patient, aller de carte en carte, laisser défiler les mots. Et capter patiemment les significations qu’ils pouvaient porter.
D’abord je bute sur une difficulté pratique, l’écriture de forme cursive est très irrégulière, souvent trop fine, parfois légèrement effacée. Au point que pour décrypter ces cartes je sens qu’il va me falloir trouver des instruments grossissants. Par exemple me servir d’une loupe à la manière d’un explorateur de manuscrits anciens.

Alors, m’étant lancé à dépouiller méthodiquement l’album, j’ai entrevu un monde d’enfance de mes ancêtres bien différent de celui des quelques grandes personnes que j’avais connues petit.
En témoigne cette carte adressée à mon grand-père , datée de Rouen le 21 mars 1908:
« Cher Cousin, ayant des fêtes du 15 au 20 juin, Rouen sera en fleurs, j’espère te voir comme papa te le dit, tache de venir. signé Pierre T. »

Cette invite pressante me touche, j’y perçois une complicité que jamais je n’avais décelée quand ces deux êtres étaient pour moi des adultes, il est vrai déjà vieillissants. Je les voyais plutôt méfiants, installés dans un rapport de force, en tout cas pas du tout reliés par une confiance mutuelle.
Mais comment rapprocher cette phrase, écrite par un encore adolescent, des souvenirs gardés de ces grandes personnes qu’ensuite j’ai vu mourir?

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