Longtemps, j’ai écrit de la poésie. Et puis je me suis remise à coudre, à préparer des tomates vertes, à manger des bonbons Kréma. Ensuite (ou en même temps) je suis partie en expédition au pays des sauvages (papouésie), chaussée de mules violettes, d’un pantalon noir en crêpe et d’un chemisier vaporeux, un disque de Luz Casal en poche, avec pour toute lecture un Levi-Strauss et Marie-Claire spécial mode. J’y ai pris des notes dans des carnets envoyés à ma petite nièce qui les a collectés et qui a tenu à en faire des livres qui ont été publiés chez Comp'Act : Le coefficient d’échec et Le plus et le moins de la gravité.
D’abord une histoire de détournement(s). N.O. a démarré à la demande d’un peintre, Philippe Agostini, qui souhaitait que j’écrive les dialogues d’un film qu’il allait tourner sur Gérard Gasiorowski. J’ai commencé par travailler sur l’œuvre du peintre Gasiorowski, dit “Gasio” ou “G.G”. Et le détournement a commencé.
J’ai découvert une grande œuvre et un itinéraire “sauvage”. Celui d’un peintre qui a pensé et pratiqué son art jusqu’au bout de son corps. Jusqu’à inventer “Kiga” l’indienne, figure de la peinture et double féminin de “Gasio”. Kiga fut celle qui mena l’insurrection dans l’académie, créée par Gasio et dirigée par le professeur Arne Hammer, où ont été mis à l’épreuve un certain nombre d’artistes (Ben, Buren, Beuys, Lewitt, Morellet, Twombly, Stella, etc...). Le sujet principal de cette fiction était la quête de la peinture, non pas de son essence, mais de Peinture, pure, primitive, délivrée de tout ce qui n’est pas elle-même et de l’institution. L’a-t-il trouvée ? N’a-t-il trouvé qu’une attitude, celle de Kiga l’indienne, devenue à mes yeux la sauvage, en allant jusqu’à refuser tous matériaux extérieurs à son propre corps, produisant des Jus avec son urine, des Tourtes avec ses excréments ?
Ces questions sont celles qui fondent N.O., fiction sur une fiction. Questions détournées au profit de Poésie. Les seules certitudes étant celles qu’il doit y avoir négation, refus, révolte, quête et donc, doute. N.O. est donc un non-livre, une histoire composite, des histoires, un cheminement burlesque, une lutte contre des moulins à vent. Non achevé, puisque sans réponse aux questions qui le taraudent. Une sorte de préalable au Livre qui doit émerger de l’intervalle qui sépare les notes (la marge) et ce que j’ai appelé “indices” (l’écoute, l’observation).
N.O., enfin, est peut-être seulement une longue enquête qui a duré plus de trois années, menée dans un isolement volontaire, et au cours de laquelle j’ai amassé des notes, des commentaires face à 72 indices. Autour de plusieurs énigmes : où est Peinture ? Qui est Kiga ? Qui fut Gasio ? Qu’est-ce que Poésie ? Est-elle crevée ? Et si elle ne l’est pas, où est-elle ? Où est Littérature ?
Cette enquête, finalement, peut-elle aboutir ? Faut-il la poursuivre ?