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FICHE LIVRE
Fonds Comp'Act
L'ORDRE DE LA BATAILLE
Catherine Tresson

poésie
ISBN 2-87661-316-6
104 p., 21 x 15 cm, 15 €


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Catherine Tresson


Un ensemble de formes courtes, iconiques, composent une sorte de narration en archipel sans que soient jamais perdues la clarté de renonciation, la précision de la syntaxe, la netteté du rythme.
Qu'il en émane du secret : ce n'est pas que rien soit caché, indicible ou innommable - Catherine Tresson ne croit visiblement pas à un langage privé - mais, au contraire, que tout ce qui peut être dit est dit.
Pas de formalisme donc, ni de logolâtrie, encore moins de lyrisme si par là s'entend l'exhibition des affects d'un moi encombrant. Mais un travail dans la langue qui est dans le même temps moyen de connaissance et perturbation.
Catherine Tresson a publié un roman, La vie achevée de Grégoire T. aux éditions Julliard et, en revues, des poèmes, des proses et des textes critiques. En couverture une oeuvre de Nicole Sainsard, qui a composé de nombreux tableaux à partir des textes de l'auteur.

incipit du livre

la colère de jour en jour
éteinte
le coeur sans oubli
gît dans l’impuissance

***

si loin qu’elle aille
dans les herbes décolorées de la nuit
sous les frondaisons noires au long
des rues du vieux pays parmi
les figures vraisemblables
qui se défont à son abord
chaque aube revient
sans qu’elle le trouve

***

en danseuse sur le vélo rouge
de course tout neuf
de plus en plus vite
sans avancer la lumière
derrière lui sur l’ancienne
route disparue tête baissée
pédalant immobile
le vélo oscillant autour de l’axe
du pédalier sous la poussée
verticale recommencée des jambes
au milieu de la route dans le contre-jour
sans bouger en même temps
qu’elle se réveille
il est arrivé derrière ses yeux
les bras levés sans sa figure
sans yeux sans bouche il fait
le v de la victoire

***

sur la mince pellicule
gelée de la rivière
blanche le chien blanc
s’élance les oreilles droites
du trou de glace qui l’engloutit
s’élève une petite buée
aussitôt absorbée par l’air
immobile
loin dans la maison où il fait froid
ils disent
qu’ils ne l’ont pas trouvé
la nuit commence sans rien
qu’assister encore mille fois
à son désastre

***

maintenant que ton chien a été
mangé par la glace
que tu n’as pu ni le sauver
ni mourir avec lui
tu restes à la même place au bord
de la rivière gelée sans
bouger avec le froid qui t’empêche
de respirer croyant
non qu’il pourrait
revenir ou quoi ressusciter
tu l’as vu toi-même basculer
en arrière quand il a voulu
bondir à ton appel mais croyant
qu’aussi longtemps que
tu peux endurer
quelque chose de lui est avec toi

***

bien qu’elle n’ait jamais pu
l’imaginer celle qui raconte chantait
les mauvais jours finiront
alors le moment est arrivé
où sans rien dire
ils se sont séparés ensemble
de leur courte enfance donc
c’est chacun pour soi
ainsi elle ne sait presque rien

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