extrait du livre
"On passera plusieurs couches d’écriture sur ces mots qui ne sont que de bouche, comme si tout d’un coup on comprenait, on avait la recette, on entendait ce bizarre verbe : comprendre.
C’est bien moi, là, en posture d’accouchée, avec tiraillements et maux ombilicaux.
Restera l’empreinte. D’où je suis, à ce moment là, je ne peux voir que des improvisations.
Ils se parlent du haut de leur mâchoire, les bras en balance, les cheveux en pluie, ondulant très loin, à leur front la chamaille de l’interprétation. Le soleil a tourné.
Ainsi, celui qui va écrire, ou parler, n’est déjà plus celui qui ajustait du regard les objets entre eux, les escaliers, celui qui cherchait son crayon.
Haine des objets, on sent venir la menace d’une pensée oblique. Une phrase n’a pas besoin d’une autre phrase qui tente de la suivre : elles sont d’espèce différente.
On s’étonne d’avoir à insister, alors qu’on ne fait que reproduire des ensembles, des élégies, c’est brocante.
Reste la métaphore :
Ce n’est qu’en temps de guerre qu’on peut bien regarder les mots.
Ce n’est qu’en temps de guerre qu’on peut regarder les morts en face.
Tout ce qui m’arrive maintenant est terreur. il ne suffit pas d’imaginer, on doit trouver l’air. Pour la recherche du sens, on doit passer par la métaphore, sans elle pas de sens possible, jamais. (elle vient du livre des rues.)
Des parallèles déchirées, la crevaison placentaire.
Les images annoncent toujours un texte, elles ne sont que pré-texte, ne changent rien. Sauf des départs d’aventure : on part guetter dans les buissons quelque nymphes, ou quelque fille de ferme ! Des baladeuses de sexe.
Ces scènes bucoliques, reproduites à l’infini sur les parois, font semblant de se suivre. préhistoire, histoire, décès. (elles nous donnent de belles nuits) ;
Reste l’imitation, le récit posé sur nulle part. Le pal, le lingam, l’angle droit écarté sur la couche, annonçant le supplice du jet.
On a tout dévoré, et quelques didascalies pour reprendre souffle.
Tout ce qui s’est passé pendant que j’écrivais ces pages, ne sera prononcé que plus tard, ailleurs. Récits remontés du désir d’origine, si près de la folie native, remplissant les promesses d’amnios.
Elle roule la peau sèche du serpent, toujours suspecte (manuscrits en rouleaux), fausse carte d’obsolètes raisonnements. Campement forcé, barbelés, puis génuflexion pour des lendemains. Parfum crépusculaire des plafonds noircis.
Les récits désormais vont se monter l’un sur l’autre en une fresque diabolique. Besoin de tout prendre par le ventre.
Nous laisserons dans l’accroupi robes, rubans et madrigaux.
Je la tenais par un coin de son drap, sa voix, longtemps retenue, m’excitait, je devais ramer fort pour continuer à l’entendre pleurer.
Si tu y crois, que vas-tu tirer de ton passé ? Tu écriras des détails, pour quelle raison ? Sinon celle de détourner la voracité femelle. Je trace encore l’aile et l’oeil pour toucher, (il y a tant de libertines dans ce carnet).
Ma maison n’a plus de parquet pour s’étendre côte à côte et jouer.
Au loin les enfants des fontaines cherchent, eux aussi, Vénus.
Tout est resté dehors.
Chaque scène, ici interprétée par ma prose, aura disparu avant le soir.
Brève incarcération du sens, on ne tolère plus que la répétition. Ou bien ce sera l’abstraction liturgique.
Le scribe en restera là, devant les grilles, à se chercher une auberge, dans la maladresse, le guingois du regard."
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