Par ici la sortie.
Entrée 3-
Faut-il s’en plaindre ? Il est de plus en plus rare que l’on interroge les poètes. C’est que le formatage n’est pas leur fort. Et qui aujourd’hui se dirait poète sans pleurer (modestie de bon aloi, sourire en coin, larmes remâchées) ?
Deux raisons à cet état de choses qui doit tout, ou presque, à la modernité. D’une part, pas plus que le philosophe, le poète n’est un spécialiste. A l’heure des experts, le poète refuse de prêter la voix. Comme il voudrait bien parler, on l’entend mal. D’autre part, en tant que tel, le poète n’a pas d’avis. S’il arrivait qu’il en ait, il l’écrirait, et s’il arrivait qu’il soit poète, ce qu’il écrirait serait un poème, et non un avis. Poète celui qui écrit under a poetic point of view (Anscombe). Il faut donc se réjouir, comme d’un don obligeant (embarras qui, moi ?) de se voir sommé de répondre à telle question.
On suppose qu’il ne nous est pas demandé de répondre en historien. Nihilisme et poésie ce serait : le nihilisme a-t-il eu quelque effet sur la poésie ? Et aujourd’hui ? A ce titre, la question deviendrait : si le nihilisme est ce mouvement de pensée dramatisé par Nietzsche et qu’on a pu nommer « époque de la modernité », en trouve-t-on quelques traces (effets, ressacs, contre-feux ?) dans le poème ?
Deux précisions s’imposent. Dès lors que Nietzsche s’inscrit dans une histoire qui le précède et que marque un moment particulièrement élevé de la production poétique européenne et française, dès lors que cette production poétique fait reposer le poème sur une opération soustractive (exclus-en si tu commences), on serait en droit de se demander si le nihilisme des poètes, ces devanciers, ne précède pas celui de Nietzsche, ne lui prépare pas le terrain Heidegger le rappelle, l’histoire du nihilisme européen, et du terme d’abord, passe par l’histoire du poème.
Combien nous aimerions retracer cette histoire du nihil poétique : nous dirions combien il n’a pas signifié le non-être, mais une valeur de néant. Une thèse sous-tendrait cette histoire : tous les grands moments de la poétique ont noué une figure du rien au dire poétique, ont noué le dire poétique comme rien, et cela, peut-être parce que le poète sait mieux que quiconque ce que Hegel, le philosophe, avant Wittgenstein, le philosophe, déclare sans sourciller : « il n’est certes pas possible que nous puissions dire un être sensible que nous visons ». Il n’est certes pas possible que nous puissions le dire et c’est donc cela qu’il faut dire. En poème.
Il ne serait pas difficile de nommer les noeuds de cette histoire où nous grimpons à la corde tête en bas : Guillaume IX d’Aquitaine, le premier et le plus libre des troubadours n’hésite pas à concevoir l’expérience du langage comme amour comme l’expérience d’un néant : et farai un vers de dreyt nien. Guillaume eut bien des fils qui ignorèrent leur père (ce vieux coup des poètes que Pasolini exécrait). Et l’on évoquerait les poètes de la Pléiade (Scève, et le nom propre du vide, Joachim, tel que Michel Deguy le relit : je remplirai d’un beau non ce grand espace vide) et plus loin les baroques avec leurs Antiche Memorie del Nulla, mais aussi les grands poètes métaphysiques de l’île. On arriverait ainsi à Mallarmé, ce professeur de néant contemporain de Nietzsche : ne dirait-on pas que ce que le second a théorisé, clamé et revendiqué, le premier l’a pratiqué au dos des éventails ? Mallarmé à Lefébure : « la destruction fut » où la Divine comédie s’inverse sous les coup d’un dé- « Rien n’aura eu lieu que le lieu » : être mallarméen, c’est donc se réclamer de Nietzsche. Voilà pourquoi nous sommes mallarméens.
Par ailleurs, le terme de nihilisme revêt une signification si précise dans le vocabulaire de Nietzsche qu’on est conduit à se demander s’il faut l’entendre en un sens large, où se confondent le désenchantement du monde, la crise des valeurs, c’est-à-dire l’ère du soupçon, ou bien en son sens le plus étroit. Est-ce alors aux historiens de la philosophie que le poète devrait demander une définition du nihilisme ? Une évidence le mettrait sur la voie : le nihilisme est le destin du théologique. La question du nihilisme deviendrait alors celle de la possibilité du poème après la mort de Dieu. Entre profanation et palinodie le poème (Michel Deguy again)...
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On voudrait encore, comme dans les années 1950, que le nihilisme soit associé à la crise des valeurs « en quoi nous aussi nous sommes encore pieux ». Mais le monde tel qu’il se donne ne met plus aux prises des valeurs contradictoires sur ce qu’il convient d’appeler une vie d’homme. Seuls les intellectuels se rallient à cette thèse qui les conforte dans l’isolement de leurs langues mortes-amorties. Le monde tel qu’il se donne, celui du stade terminal (?) du capitalisme n’admet qu’une seule valeur à laquelle il soumet tout : l’intérêt. Cette domination est sans appel. Elle emporte tout : le rapport aux objets, à l’espace, aux temps, aux personnes, à la culture, à la langue, aux mots, aux phrases. Si la culture domine, c’est parce qu’elle est la forme ultime du capitalisme qu’il s’agisse de le définir comme culte de la marchandise (Marx, Marx again, Marx always), comme société du spectacle (Debord), comme technique (Heidegger, Jünger qui n’ignorèrent ni l’un ni l’autre que la technique comme destin du nihilisme aurait des conséquences radicales sur le métier d’écrivain) ou comme communication.
Les institutions de la formation se sont pliées à cette tyrannie inventant l’idéologie de sa domination le culte du progrès (Christopher Lasch). Et, chose plus grave, et si malaisée à énoncer, si sujette à caution, l’idéologie a réduit la langue à sa valeur d’usage. Il faut communiquer, il faut échanger donc. Et c’est partout l’ignoble commercerie en ses parlottes vaines. Soit l’équation de Pascal-Midas : si tout le malheur de l’homme consiste à alors peuplez donc sa chambrée de bruits et d’images, annulez le lieu solitaire, faites que partout et en tout moment il soit joignable, connecté, branché. Noyez-le.
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Combien nous aimerions pouvoir dire que la poésie, niant le monde qu’elle nous offre et nous coupant le souffle au moment même de prendre la parole, a toujours été la voix même du nihilisme ! O oui, combien nous aimerions dire que nos poèmes portent le rien qu’ils disent, le construisent à coups de vers rapiécés et de tentatives d’équilibristes poignants. OMandelstam? O Pessoa? O Celan?
Mais voilà, le nihilisme n’est plus un thème de poésie, ni même le résultat exquis de ses opérations : c’est aujourd’hui le monde qui la menace. Le nihilisme, n’en déplaise aux professeurs de philosophie, aux professionnels de la pensée et des formes n’est plus un sujet de thèse et d’admiration pour les amateurs de ces sensations fortes qu’on appelle la vie de l’esprit. Le nihilisme est là dans nos sociétés : il a envahi les rapports qui lient les êtres aux choses, aux autres et au langage. Résumons-nous : thème des compositions de la poésie au point que c’est en son sein que germa son nom, produit même de sa tension, le nihilisme désigne désormais le monde où la poésie peine à se faire entendre. Je ne donnerais pas une heure de peine à une poésie qui n’accepte pas ce point de départ. Soit, mais si l’on accepte l’urgence pour le poéticien (et si ce terme ne recouvre pas l’isoloir des étouffoirs), qu’en fera le poète ? Comment dire le nihilisme en poème sans adopter le ton du prophète de malheur ? la pose de l’apocalypse ? Comment vouloir à la fois que le poème soit une opération de profanation, creusant donc la mythologie, cherchant le juste, rectificatrice donc, et refuser la posture du poète velours côtelé canne en main indiquant le passage des oiseaux sous le vent ?
Quelques poètes pourtant ont eu ce vrai sens historique qu’évoque Novalis : « sens prophétiquement visionnaire, explicable à partir de la profonde et infinie corrélation qui lie le monde tout entier ». Prophétiquement visionnaire, oui, mais sans prophétisme alors posture délicate et secrète. Pleine et déliée.
Et ces fortes expressions par lesquelles les écritures exagèrent l’inconstance des choses humaines, devaient être pour cette planète si précises et si littérales Quant au désastre du nihilisme comme forme étendue du massacre, il n’y aurait qu’à ouvrir les yeux. « Regarde, Michel Strogoff, regarde de tous tes yeux »
Ce fut l’ère du « géocide » réjoui. On connut les noms de ce massacre : réchauffement de la planète, dévastation des paysages, villes invivables, mers polluées, espèces en voie de disparition. Il faudrait pour elles seules des poèmes et des poèmes encore, préparez vos élégies, tressez vos péans, carguez vos hymnes pour la grue blanche, la baleine noire de l’Atlantique Nord, le monarque et le frêne bleu, pour les jaguars et pour les tigres et pour les tapirs aussi.
Donnons ici la place au poème :
PETITE COMPLAINTE POUR CINQ MILANS ROYAUX
TROUVES MORTS AU MOIS DE DECEMBRE 2004
« Les rois de ces îles susdites envoyèrent à Charles Cinquième Empereur, cinq de ces petits oiseaux morts, car comme nous avons dit, aucun ne les peut appréhender vifs ».
BOISTUEAU
Histoires prodigieuses
et ainsi nulle balise Argos, fille d’oiseau aux mille yeux
nul suivi satellitaire par un des deux frères Noaa ces siamois du ciel
nulle société du contrôle des fonds et des combles
n’auront empêché, prévenu ou vu venir
que cinq milans royaux, tous prénommés
de ces vilains noms d’oiseau qui les plombaient déjà
de larmes grises
cinq milans royaux
fils des grands millénaires
ni maladroits ni honteux ni gauches ni veules ni comiques ni laids
fils des grands rois plutôt et du ciel d’hiver les joyaux
avec leurs deux mètres d’envergure
leur port altier, leur air de rien
et leur beau sifflement
palpite d’or au coeur empenné
beaux noms de plume au fort du ciel
que cinq milans royaux
loués par Frédéric II dans son De arte venandi cum avibus
et plus tard par Messire Arthelouche de Alagona seigneur de Maravesques
et que Gesnerus n’oublia pas dans ses Oiseaux du Paradis
que cinq milans royaux, modèles des rois et amis des poètes
rescapés des nomenclatures des plus vieilles autourseries
soient mis à mort mis en terre
l’un empoisonné par d’infâmes fermiers l’autre chassé par le chasseur idiot
les trois autres renversés comme piétons
et ainsi depuis cinq mille ans ces milans qui servirent les augures
le sang des batailles, le visage des fils à l’accouchement incertain
et le trafic des âmes, ces milans au regard de loin n’avaient pas vu
ces camions que les hommes pour s’amuser
comme équipages au ras du sol
Ce sont en tout, entre 50 000 à 100 000 espèces qui disparaissent chaque année animaux, végétaux, insectes, poissons. Les hommes qui dévastent leur logis sont-ils mieux lotis ? Huit cent quinze millions d’entre eux souffrent d’une faim qui tue toutes les vingt-quatre secondes. Quant aux enfants que le marché célèbre, faut-il rappeler que plus de cinq cent millions travaillent. Misère ! Misère partout ! Misère économique ! Misère sexuelle ! Misère symbolique (Rancière, Stiegler) ! Ne nous indignons pas seulement de cette moitié du monde qui meurt sous nos efforts comme une monture crève. La lèpre est ici, elle est dans nos villes. Mais que font les artistes ?
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Le théâtre des opérations poétiques est la langue. La langue, rien que la langue, mais toute la langue, de toutes les langues (des six mille langues qui existent dand le monde, au moins la moitié d’entre elles s’éteindront au cours de ce siècle). C’est si peu direz-vous. La poésie vit de la croyance du contraire. Et si la communication l’emporte partout, étend partout son doux barbelé, la langue, c’est beaucoup et c’est tout peut-être le parole sono importante.
Soit le syllogisme de l’appel à la lutte : l’idéologie de la communication est la forme langagière, dévastatrice, omniprésente du nihilisme ; la poésie est l’art des opérations langagières (l’art, vous avez bien lu) ; lutter contre la communication c’est donc lutter contre le nihilisme. Lutter contre la communication, c’est donc cela, la lutte du poème contre le système. Le sens, l’exposition, le don des larmes, l’offrande du sensible le temps intérieur avec ses plongées sublimes. Nous érigeons nos petites bornes contre la communication cellulaire nous célébrons la parole fragile, cassable (Becker): poésie, art de (la) pointe.
Et par exemple ceci. Le téléphone portable ne refuserait pas l’écrit. Le cadran est devenu écran où composer, envoyer et lire des messages pianotés sur un clavier alphanumérique. La rue offre ainsi le spectacle de gens qui parlent tout seuls, éclatent de rire ou se mettent à sangloter à cause de ce lambeau de vie qu’ils ont dans la main, au creux de l’oreille à l’attente de mer mélancolique, mais aussi le théâtre de ces acharnés de l’écran qui composent d’une seule main le sous-titrage permanent de leur vie et de leurs affects bande son, voix off de nos spectacles: je suis là. Spontanéité, pulsion - j’écris ce qui me passe par la tête. Poésie brute au coeur d’une subjectivité laissée enfin libre de s’exprimer et de dire tout tout de suite c’est bien l’inverse du poème.
Pour des raisons commerciales, les compagnies de téléphone portable proposent aujourd’hui à leurs usagers des symboles à envoyer à leurs correspondants : un coeur clignotant émaillera les mots doux d’une conversation intime, une tête de mort signifiera une fâcherie et une fleur une pensée câline. La question relève-t-elle de ce que nous avions coutume d’appeler, au temps de l’ancienne censure, la liberté d’expression ? Pas vraiment. Après tout, dans nos démocraties, chacun est libre d’acheter ou non un téléphone portable, d’envoyer un message, un SMS ; libre enfin, de loger au sein de son SMS un petit symbole. On voit bien que la question est mal posée. Que devient l’expression du sentiment amoureux quand elle est prédigérée au point que plutôt que l’élaboration d’un message, elle se réduit à la sélection de symboles trouvés à portée de la main comme une espèce de prêt-à-porter du sentiment ou de kit de l’expression ?
Car à quoi servent les SMS sinon à rendre les échanges plus nombreux en les rendant plus brefs ? De fait, le SMS coûte moins cher qu’une communication, et l’usager devrait remercier la compagnie de lui offrir la possibilité d’en composer pour si peu, et de lui donner de surcroît celle d’y loger des résumés symboliques de sa complexité intérieure.
La communication comme idéologie n’est pas la simple accélération des techniques de relation et d’expression, c’est la réduction de la langue à sa fonction communicative, pire, la transformation de la langue en technique le report à l’intérieur du langage des impératifs qui président à sa diffusion économique. Quand l’opprimé utilise la langue de l’oppresseur pour dire ses moments de liberté, il y a bien aliénation. C’est du moins ce que l’on disait naguère quand la langue de l’oppresseur n’avait pas triomphé au point de rendre ridicule et illusoire le vocabulaire de la critique.
Le monde moderne bien craché vieille pieuvre a ainsi compliqué les nomenclatures par lesquelles nous nous rapportons à nous-mêmes, à notre passé, à nos souvenirs4. Et si la culture a toujours permis qu’on se réappropriât le passé pour le faire sien, c’est même la définition de la tradition, il se trouve aujourd’hui que le culturel s’interpose entre le sujet et lui-même pour lui dicter ses mots, ses gestes, ses humeurs. Aujourd’hui nous célébrons le karaoké pornographique.
Le poème comme une flambée dénude. Lisez-le à haute voix et vous verrez les larmes poindre (te souviens-tu de Silvia Plath et des Birthday Letters de Ted Hughes ? de Sereni et de Zanzotto, mais de Ronsard aussi ?) pourquoi si ce n’est parce que se rétablit, immédiatement, un rapport sensible avec les couches les plus profondes de l’être ? Voilà pourquoi la poésie fait mal, doit faire mal. Mais pour que sa pointe touche, il faut que l’échange soit soustrait à la communication et que soit établi le commerce gracieux des individus revenus à eux.
Montale qui savait que la poésie n’existe pas avait indiqué le drame du poète à l’heure des mass media. Clairvoyance de l’ironiste : « sur le fond si sombre de la civilisation du bien-être actuel, les arts eux aussi ont tendu à se confondre, à voir se dissoudre leur identité. Les communications de masse, la radio, et surtout la télévision, ont tenté, non sans succès, d’anéantir toute possibilité de solitude et de réflexion. [...] Dans un tel paysage d’exhibitionnisme hystérique, quelle peut être la place du plus discret des arts, la poésie ? La poésie qu’on appelle lyrique, est l’oeuvre, le fruit de la solitude et de l’accumulation ». Cette solitude, cette accumulation sont aussi l’affaire de l’imprévu, de l’événement, du miracle, en un sens. C’est ce miracle qu’il faut opposer aux grandes misères de la communication qui imposent leurs modèles et leurs mots, leurs types de relation, leur lexique sensationnel et leur syntaxe efficace.
Entrée 1 Où l’on touche le fond.
Les analystes connaissent la patience. Il est toujours un moment où, le cynisme aidant, la bête sort des bois et se présente sur la plaine brumeuse dans toute sa longueur de bête immonde elle est là dans le viseur, toujours plus moche que prévu que prévu. Récompense des guetteurs. Soit cette exposition sans ambages de l’idéologie de la communication.
Dans un livre paru en mai 2004, le président directeur général de la plus grande chaîne de télévision française estimait « qu’il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective ‘business’, soyons réalistes : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit [...]. Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible, c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. Rien de plus difficile que d’obtenir cette disponibilité ». On remercie l’infâme de la clarté de son exposition : oui, laver le cerveau pour que viennent s’imprimer les messages de la publicité. Laver le cerveau pour le rendre disponible.
La poésie rendra indisponible à la communication pour permettre les plongées intimes. Poésie disponibilité à ce que nous n’attendons pas: the best thing is to prepared for the unexpected.
Et l’on met en garde les thuriféraires de la communication : accompagner cette modernité, défendre cette forme de nihilisme avec les instruments de la langue, c’est la pire des prostitutions, la plus triste, la plus infecte, la plus sale.
Entrée 2
Il faut donc tenter une petite série de déplacements. Les décrire dans la langue. Les suspendre. Les arrêter. Les arrêter sur l’image. Les faire glisser. Les relancer. Les pleins. Les déliés. A vous.
Entrée 3 Conte moderne.
Le conteur se souvient. Il y avait dans la ville ceux qui avaient tout et qu’on appelait les pleins. Parfois même aux as. Qu’avaient-ils pour être si pleins ? Ils avaient tout répondait le conteur : les biens, les gens, l’aisance, la langue enfin. En bas sur la photo, toujours plus bas, il y avait ceux qui n’avaient rien. C’étaient les déliés. De quoi manquaient-ils ? De tout de ce tout qu’avaient les pleins : les biens, les gens, l’aisance, la langue enfin.
Alors le conteur prit la décision de délier les langues.
Mais c’est quoi cette histoire ?
Attends. C’est un conte moderne. Les comptes du moderne.
Martin Rueff
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