poésie
ISBN 2-87661-350-6
15 x 21 cm, 96 pages, 22 €
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Hélène Sanguinetti
Née à Marseille, Hélène Sanguinetti vit et travaille actuellement en Arles.
Elle écrit depuis toujours, se plaisant dans le retrait. Des rencontres importantes et quelques publications en revues la décident cependant à livrer ses textes à l’impression en 1998, date à laquelle elle communique par voie postale le manuscrit De la main gauche, exploratrice à Yves di Manno, directeur de la prestigieuse Collection Poésie, chez Flammarion. Plusieurs collaborations à des revues suivront en France, (Poésie 2001, Le Nouveau Recueil, Europe, La Polygraphe, Aujourd’hui Poème, Rehauts) et aux USA (Rhino, Paintbrush, Circumference) où ce premier recueil a été traduit par Ann Cefola.
Son deuxième recueil, D’ici, de ce berceau est paru, toujours chez Flammarion, en 2003 ; Alparegho, Pareil-à-rien est son troisième livre.
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On retrouve alors dans l’écriture d’Hélène Sanguinetti ce côté «rongé de l’intérieur», l’être à la recherche de son identité et, ici, de son utilité. De sa place dans un monde d’indifférence et de profit. L’écriture porte les marques de la vie : avec des mots simples et concrets, elle se déploie et soudain se casse, ou s’interrompt, la syntaxe est désarticulée et maîtrisée à la fois, les caractères enflent soudain démesurément pour crier et tout aussitôt s’affinent, proches d’une musique murmurée. Il y a dissonance et harmonie, quelque chose boite et racle, et soudain s’envole, ou tombe. L’ensemble est parfois violent, toujours dynamique, comme si de la rupture partait le bond. C’est à propos de cette écriture que Claude Adelen, poète et critique, dans un livre récemment publié, L’Émotion concrète (Ed. Comp’Act) a parlé de «noblesse et roture du langage» et de «souveraineté radieuse». |
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Ce nouveau livre d’Hélène Sanguinetti (son troisième recueil publié à ce jour) offre un ensemble rythmé d’une grande cohérence. Il s’agit d’un long poème d’une centaine de pages organisé en 7 sections. Long poème à plusieurs voix, révélées par un mélange de «genres», de registres, et un «appareil typographique», propres à l’écriture d’hélène sanguinetti et évidemment porteurs de sens : tout nouveau poème est en effet une Aventure qui se déploie dans un espace et un temps immenses, et c’est l’aventure de l’être mortel que nous sommes, fait de pièces et de morceaux d’univers. Mais la voix qui nous «reste» ici, sorte de figure tutélaire de l’oeuvre, qui lui a d’ailleurs donné son titre (à l’ambiguïté féconde), est celle d’Alparegho. tre étrange, appartenant semble-t-il à tous les règnes, - ou sujet à toutes les métamorphoses - autant animal que végétal, humain ou minéral. Étrange et étranger ou exilé, souffrant et renaissant à la fois. A la recherche de quelque chose qui pourrait être une nouvelle force issue d’un monde désastreux, et, dans le même temps, n’y croyant absolument pas. La seule condition du vivant étant de disparaître, reste la réalité dure et vraie. Et, en filigrane : qui nous suivra ? que restera-t-il de nous ? que peut le poème ?
incipit du livre
La nuit partout dans la maison.
Escargot s’y fond les cornes.
Des animaux pendus,
les bords gelés du visage,
les mains gelées.
Dans les gants. Car l’eau est entrée
d’un coup elle a dû,
de l’eau c’est insaisissable.
Sous le tunnel,
et même bien avant la gare,
contre les murs,
de la pisse d’homme et de chat,
ça sentait tellement
qu’on se pinçait le nez
tout le long, sous le tunnel,
et la bouche bouclée
à mourir, oui,
ça sentait.
Ça sent encore d’ici.
Quelle maison ?
Quelqu’un monte
à l’échelle,
autant s’accrocher à la lune
pour voir enfin,
pour comprendre le sens des recherches.
Oui.
Quelle maison et quelle nuit,
qu’est-ce qui reste accroché
ou planté ?
Enfoui ?
Ou exposé aux oiseaux qui cherchent,
eux aussi ils cherchent,
la corne de leurs becs fouille
où ça sent.
Pas plus loin, là infiniment.
Car voilà
C’est un jour de mise à
nu dans le pays
Oh !
C’est aujourd’hui,
grand jour !
Secouons draps par les
fenêtres,
cassons vitres et
remplaçons,
vidons tiroirs, poches,
étagères.
Grand jour !
Car mon pays est dans la
maison,
chaque maison a son
visage,
un de mort
un de vivant.
«De quel pays, disait-
elle, de quel pays
êtes-vous ? »
Ainsi a dit.
Une petite voix qui
insiste c’était,
et venue de très loin
sous l’armure, venue
jusque là-dessous,
venue de là ?
Que voulait-elle,
« On n’a rien ! On n’a
rien ! » (Quelqu’un du
village, qui s’avançait
avec des griffes)
Petite voix qui insiste
douce et dure
de très loin,
avec des flèches, et
beaucoup d’eau,
mieux qu’un cri.
Même mieux qu’un vrai
de vrai
poussé au bord,
sur l’arête, le bord
du bouclier, cabossé.
Une assiette pour les
oiseaux.
Car l’oiseau a soif
aujourd’hui,
plus soif que faim,
tous les oiseaux.
Une assiette remplie de
sang et de gravier.
«De quel pays, disait-
elle,
de quel pays êtes-vous,
je ne reconnais pas le
son de votre voix.
Ni votre harnachement je
ne reconnais pas.
Ni la robe même de votre
cheval. »
Ainsi a dit.
Et lui tremble.
D’un genou entre dans la
pierre.
Perd ses doigts, à Serrer.
« D’où êtes-vous ? »
Et lui ne sait même plus
son nom.
Perd les yeux, à ne pas.
Pays d’Orlando,
et de Gaby
Pays de Michel,
Pays de Jeanne et
Madeleine,
(ainsi y a-t-il des Reines
pour frotter les marches,
récurer les marmites,
sécher les culs)
Pays d’Anna,
Et il y a Alparegho,
le pauvre guetteur,
l’homme aux bandelettes,
pareil à rien
C’est aujourd’hui,
grand jour !
Sauvages comme elles sont,
trois jeunes filles sont entrées, plus !
L’une l’autre se tenant sauvages par la robe,
le bas de la
avec des fleurs et des poissons,
puis s’entassent dans un coin,
mortes ou quoi ?
Puis d’autres aux chevilles de peintre,
avec des bracelets,
et elles défilent à la hâte,
puis renversées dans un coin,
elles se taisent toutes, oui.
C’est après la toilette du soir.
Longtemps après,
ça sent encore.
«Mais restez!»
Quand on est là à compter les cailloux un à un
avec des mains qui tremblent.
Oui,
des mains qui laissent passer le temps.
Elles laissent aussi passer
les noms.
Nom de vivant et nom de mort.
(C’est la petite voix qui ronge et range,
d’un coup de corne ou de clochette)
Restez, l’air s’est voilé de vous,
Assises-dans-un-coin
et pour jouer au soir.
Mains gelées, trouées.
Reste un nuage dans la bassine,
reste une longue dépouille luisante
sur la corde,
reste une touffe
au bout des pattes,
oh ! grand-mère,
oh ! reste rien sur la corde.
De quel côté faut-il se retourner ?
De quel côté la peau,
jusqu’à quel fond
pour mieux voir
si vit quelqu’un quelque chose ?
Coin des taiseuses,
que savez-vous ?
ou bien toutes là, vautrées, assises ?
ou bien si transparentes malgré vous,
qu’on voit à travers
absolument tout ce qu’il y a ?
Dormez les jeunes filles !
«Je suis du pays de
l’homme aux bandelettes
l’homme sans terre et
sans roi,
il va où il va,
mule morte ou perdue, il
va à pied,
avec un linge et un peu
d’eau,
il
Ce n’est pas claire
langue.
Et c’est pauvre pays sans
doute que le tien !
« Oui ! Non ! »
Ainsi répond à Celle qui
demande son nom et d’où
il vient.
Puis s’assoit sur une
borne.
Et passe le ciel au-
dessus.
Il s’appelle Alparegho
Pareil-à-rien»
Comment retrouver les
formules éternelles et
terribles
avant le nouveau voyage
avant que la charrette
s’ébranle et crisse,
un mouchoir s’est envolé
du bout des doigts chéris,
sur le chemin.
Il s’appelle Alparegho
Pareil-à-rien
Il lui est venu un bec
d’oiseau,
un cou fripé de
malheureux
avec des croûtes
Visage,
creuser tes yeux,
trouer ta bouche,
c’est ouvert et soulevé,
crier longtemps dans le
noir
et dans le jour.
Alparegho,
c’est lui,
ce qui le traverse, il
donne,
hélas, son souvenir.
A noirci le linge et mis
les dents.
Le voici Alparegho pareil
à rien
et nous voici tous
Le voici et les voici tous
debout et leurs paumes
se sont ouvertes
dans ce soleil !
Ah, elles sont ouvertes.
«Je Vous laisse mon
visage, mon visage n’a
pas de nom.
Gardez-le dans Vos
mains ou portez-le contre
le sable.
Ou serrez-la dans ce
linge de maison,
torchon de lin pour
cataplasme, ma face ! »
Ainsi a dit finalement à
Celle
qui demandait Pays et
Nom.
Puis a regardé le ciel
d’où venait nuit,
et quelle route,
jusqu’à quel jour.
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