Tapis où nul n’a pied, volant à la manière des paroles dorées ou écarlates échappées des bouches saintes, et non moins semblables aux rayons de soleil que les enfants appellent les doigts de dieu quand, spectraux, ils percent les nuages bas, les fils de la vierge, filets de sang et jets de paroles maigres, dessinent sur les jardins de pierre le réseau mouvant de leurs ombres tremblantes.
Les araignées voyageuses les produisent en secret. Elles dardent leur fil dans la direction du vent et s’en servent comme d’un appareil flotteur pour transporter au loin leur existence suspensives.
Pour peu qu’on refuse l’image de la filiation et la nébuleuse du vers à soie qui sait nourrir son art de sa vie et engendrer la beauté dans un filet d’or, il y a de bonnes raisons pour trouver dans ces lacets aériens le destin propre à nombre de poètes. Les fils de la vierge, en leur faisceau argenté, sont à la fois l’horizon qu’ils se fixent, la subtile corde raide sur laquelle il leur faut marcher et le câble auquel ils s’agrippent comme un cow-boy qui s’accrocherait à son lasso après l’avoir fait tournoyer autour de sa tête (...)
Un premier recueil qui est un coup de maître. Une rénovation du lyrisme, à découvrir, par tout passionné de poésie.