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FICHE LIVRE
Fonds Comp'Act
LE SILENCE
Jean-Paul Michallet

roman
ISBN 2-87661-338-7
80 pages, 15 x 21 cm, 15 €


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Jean-Paul Michallet

Sous forme d’un monologue dramatique et désespéré, une femme de 45 ans, perdue depuis 30 ans dans une immense solitude, s’adresse d’une voix oppressée à un homme qu’elle a connu, adolescente, qui l’a peut-être engrossée à cette époque et qui, face à elle, 30 ans plus tard, reste complètement enfermé dans son silence, sans réaction aucune. La voix de la femme est constamment un halètement, et le récit celui d’un état d’abandon, de délabrement.
Le début du roman nous laisse comprendre que l’homme et la femme se sont brièvement rencontrés jadis au cours de leur adolescence, une nuit d’été, lors d’une fête de village, qui s’est terminée par un accouplement hâtif et bestial, dans un sous-bois. Au cours de ce type de “fêtes”, les filles passaient de main en main.
Après l’évocation de cette rencontre aux frontières du cauchemar et de l’oubli, le récit s’enfonce dans un univers de plus en plus glauque. D’autres bribes de souvenirs délabrés remontent aux lèvres de la femme. Son univers de ténèbres est hanté par la présence obsédante de son père, qu’elle détestait pour sa saleté. «Je ne sais plus ce que je dis, il y a trop de mots en moi». Dès lors, la mort envahit tout le récit. Par exemple, la narratrice évoque la voix d’un vieillard dont elle s’amusait, enfant, à observer le sexe lorsqu’il urinait contre le mur du hangar (tout le récit se déroule dans une campagne profondément retirée, et sordide...). Puis elle évoque l’agonie de son père, pour en arriver à celle de son propre fils, dont l’homme obstinémentsilencieux auquel elle s’adresse pourrait être le géniteur... C’est d’ailleurs pour cette unique raison que cette femme lui a adressé une lettre, dans laquelle elle lui demandait de venir la voir, trente ans après leur rencontre.

Avec ce roman, disons-le, on pénètre dans un cauchemar, un sale rêve poisseux, une antichambre du désespoir et de la mort. La forme et le ton conjuratoire de ce récit sont très rares. On pense à Blanchot, à Bataille, à Beckett, mais la voix et la plume de Jean-Paul Michallet restent très personnelles. Le livre nous renvoie à nos propres silences.

Tout au long du livre, seule la femme va parler. Parler d’elle, parler de l’homme et de leur rencontre brève, si lointaine. Elle lui parle d’un enfant décédé. Seize ans ont passé. Un trou de seize ans les sépare. La femme parle seule, monologue, une sorte de halètement. L’homme restera complètement dans son silence plombé.

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