1- Le voici
Un jour est apparu le combinard,
Je l’ai suivi, partout, partout.
Là survenue,
Une lumière en auréole,
Un soir,
Parmi des tables et des gens,
Dans la nuit en descente,
La salle éclairée aux néons,
Seule y luisait forte l’électricité de son corps,
Debout.
Comme une offrande de demi-gâteaux
Fait monter la salive,
Figure sombre et linéaire,
Pointe d’arc,
La tête un peu rejetée en arrière,
Dans la foule, le mouvement des chaises,
Silence pour l’apparition du combinard.
2- Avron
Il était passé par Avron,
Le combinard,
Bâtiment B,
Aucun étage,
Un alignement de cahutes,
Cahutes de jardin ?
Ce que j’aurais mis sous le mot « courée ».
Des enfants jouaient devant les portes,
On entendait une radio.
Il n’y avait pas de sonnette,
Fallait frapper
Ou héler depuis la fenêtre.
3- Partout, partout
Partout, partout,
Sur les pas du combinard, j’ai déambulé,
L’ai suivi à Montreuil où il trafiquait des portables :
Acheter, débloquer, revendre,
Et sur les boulevards
Longeant toute une ligne d’hommes adossés aux piquets
- Interdiction de stationner -
Mais qui eux stationnaient,
Des chaînes en or arrimées aux paumes.
Ailleurs ailleurs, je l’ai suivi,
À dénicher tout ce qui dégringolait des camions.
Sur les semelles du combinard, j’ai crapahuté,
Qui pour moi déchiffrait cette ville à l’envers
Et m’ouvrait grand le rideau de l’autre décor.
4- L’autre décor
L’autre décor, c’est le seizième,
Là où créchait le combinard,
Sa piaule sous les toits.
L’escalier de service, unique accès,
Douche et chiottes au dehors, un seul orifice,
Lucarne.
Le papier se décollait dans l’humide,
Entre un vieux canapé,
Et des odeurs de bouffe.
Malgré ses combines, y résidait le combinard.
Puis, il m’a emmenée sur un chantier,
Montmartre, grille,
Échafaudages branlants, quelques planches mais
La ville,
Tout Paris offert par la véranda,
Qu’il agençait pour des heureux,
Et là,
Cabane inattendue,
Une poutrelle,
Nous abritant, êtres perchés.
Au-dessus du panorama,
Avons trinqué à la santé du combinard.
5- Asnières
À Asnières, à Clichy,
J’ai emboîté le pas du combinard
Avec mes croquenots,
Qu’il appelait des « coricos »,
Sur les marchés
Où, tout en paille, il vendait des papiaux,
Aussi légers que du papier.
Mais bon, les grues travaillent,
Les bétonnières,
Ce temps a déjà disparu.
À Clichy, l’endroit a flambé,
On a reconstruit à Asnières.
6- Perdu
Oui, j’ai perdu le combinard,
Dans le lacet des rues,
Je l’ai cherché dans ses troquets.
Mais, le chantier fini,
Finis son treuil et son offrande de garçon.
Je ne l’ai trouvé nulle part,
Ni dans le boui-boui à aubergines farcies
Où il aimait manger,
Ni, à la taille d’un placard, dans le bistrot
Avec juste un juke-box,
Un dépressif, un alcoolique,
Où pour cinq francs il se payait,
Le soir,
Seul, tout à ce plaisir rentré en soi,
De quoi danser.