Je n’ai pas voulu que la lumière vienne du haut. Je n’ai voulu que ces bruits familiers dans la maison au rez-de-chaussée, ces bruits qui font silence quand je reste faussement contemplatif. J’ai préféré la clarté basse du lampadaire. Ma solitude est devenue adulte, mes sentiments pervers, ma langue naturellement fourchue. Je n’invente rien. Un autre vit. Comme moi.
C’est en me racontant que mon histoire est possible. Ma biographie cependant ne rend compte que d’elle-même. Ma vie est une autre histoire. Je sais où elle commence.
J’inscris le mot « retour. » Plutôt, je le prononce. Mémoire statique ; elle aura opéré sa sélection une fois pour toutes. Je n’oublierai pas les premiers revers d’une fiction amoureuse vécue sur le tas, sans autre arme qu’un pouvoir mimétique apte seulement à embrasser la bonne cause. J’ai aimé dans les livres et dans les films. J’ai repris des rôles éprouvés avec la satisfaction de l’inédit.
Ce film a pour titre La narration vous change la vie. Nous retrouvons dans les rôles principaux et secondaires des acteurs anonymes entraînés dans des actions banales qui pourtant les bouleversent profondément.
Ce film n’a pas de spectateurs, rien que des acteurs formés à la dure école de la narration.
Ce film a pour but de vous faire connaître. Racontez. Votre personnage est désormais formé : ses prestations entrent dans une logique incontournable.
Le rôle de l’écrivain : écrire. Le rôle de l’écriture : reproduire. C’est un cadre et un écran. Les images y sont projetées. Leurs contours sont acquis. Il n’y a que la fiction qui soit visible de face.
J’ai aimé dans les livres. C’est ma vie, ce tissu de mots semblable à une éponge. Je parle. Donc je suis. Il vous a bien fallu viser la bouche. Mes silences vous ont paru éloquents. Je ne vous ai rien dit. Il n’y a que la fiction qui soit éloquente.
Voici le temps des rapporteurs. Les informations ont été dépassées par leurs interprétations. Vous dites : ne me racontez pas d’histoire. Vous savez bien : comment raconter sans histoire ?
Ce film vous aura laissé perplexe. Vous gardez l’impression d’une superposition maladroite cachant mal le modèle inférieur, le film inavouable. Vous vous êtes pris à ce jeu des erreurs. De la copie ou de l’original, vous voulez faire la part. Mais vous vous embrouillez très vite. La fiction s’est introduite jusque dans les endroits les plus réels de la réalité. Pour que votre vie change, vous reliez résolument ces images entre elles dans une cohérence à laquelle vous souscrivez immodérément. Vous accompagnez les mouvements des ressorts narratifs. Jouez physique !
J’ai aimé dans les films. J’ai aimé l’amour du couple vedette, ses contrariétés et ses débordements lyriques. J’ai surtout aimé le baiser final sur un plan magnifique où la perspective laissait présager d’un avenir radieux.
La fiction vous change la vie. C’est là le moindre de ses défauts.