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Plus rien ne pense aux restes
Véronique Breyer

poésie
ISBN 2-87661-384-0
112 pages, 15 x 21 cm, 16 €

disponible en librairie
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Véronique Breyer vit, écrit et enseigne en région parisienne.
Elle milite pour une démocratisation de l’enseignement des lettres, qui passe, pour elle, par une approche artistique et ouverte de l’écriture. Elle anime des ateliers d’écriture auprès de publics très divers : collégiens, lycéens, étudiants, demandeurs d’emploi?
Elle a publié un livre dans le domaine de la pédagogie (Lire et écrire au collège, Chronique Sociale) ainsi que divers articles.
Elle a collaboré régulièrement à La Polygraphe et a publié des textes dans diverses revues poétiques comme Action poétique, Le Nouveau Recueil, Passage d’encres.
Un premier ouvrage de poésie est paru chez Fourbis (Farrago) : lever les murs.

photographie de couverture
Sebastiao Salgado
Amazonas Images / Contact Presse Images

incipit du livre


Exodes

La frontière qui serpente parcourt l’aridité.
Ils observent au travers, fouillent les interstices. Quand vient l’obscurité, ils s’apprêtent à franchir.
Promesse de la nuit poursuivie des menottes.

***
Partout des barbelés.
Les corps sont pressés, visages au travers.

Les tentes de survie enveloppent le ciel.

***
Lorsque des peuples fuient, il n’y a plus d’espace pour les générations.

Dans les portraits qu’ils montrent ils conservent l’histoire de leur lignée qui part.

Une chaise, un tapis, des murs. Une femme est assise.
Elle regarde le pot planté d’un arbre.

Le vieil homme accroupi se replie sur des mains sans travail.

***
Départ. L’enfant comprend le train.

Assis, en suspens entre les wagons. Les pieds reposent sur les crochets.
Dessous, la voie défile.

Sur les toits, le groupe est un regard qui devine l’avant.

***
Visage au crâne rasé, dans la fuite aux pieds nus, doigts de bouillie distribuée,
la petite fille assise, regard de route, jambes pliées sous elle.

***
Les hommes de l’exil ont des pas sans visage.

***
Elle se jette à la mer, mains données à l’écume.

Au bateau chargé d’hommes, le projecteur révèle passé et avenir.

Groupés au bord du fleuve.
Futur sur l’autre rive.

***
Les ruines ouvrent le ciel. L’unijambiste court.

Immeubles éventrés poussés vers l’infini. Et la fuite devient le mouvement des robes.

Dans le train en marche, il traverse le paysage, béquille sous le bras.

***
Les cailloux de l’exil s’isolent du chemin.

Dans la poussière d’un tank, un troupeau de moutons.

***
Paysages ouverts marqués par des terrasses où les enfants, petits, ont le corps contrefait des adultes affamés.

Quand s’ébauche une danse, les visages n’ont plus la grandeur des montagnes.

On prie sur des cercueils.

***
Protection de carton pour les enfants des rues.

Questionnés sur leur vie, ils répondent : « Je suis ici. »

Au-dessus des décharges où volent des rapaces, ils fouillent. Et leurs pieds reconnaissent la décomposition.

***
Sur la rive du fleuve, debout, ils forment une autre rive.

Ils poursuivent des rails.

(Chemins d’hommes)

***
Arrêtés à la boue.

Dans la maigreur des corps, les regards noir et blanc, il n’y a plus d’attente.

Un enfant cherche l’eau à côté d’un cadavre qui a les yeux ouverts.

***
Les fenêtres éventrées laissent entrer la lumière. Sur le sol, des reliefs de cadavres habillés. (Ils sont indiscernables, si ce n’est par les crânes.)

Les morts aux yeux ouverts qui jonchent le chemin ne laissent pas de trace.

Le bulldozer progresse. Les cadavres retiennent ce qui reste de vie et qui va disparaître.

***
Elle tient dans ses bras l’homme qu’elle aime et qui a l’abandon de la mort.

Sur sa poitrine lourde, l’enfant, bouche entr’ouverte, percé.

***
Ils sont là des milliers à arpenter la plaine, à chercher la frontière.
Ils ne se demandent pas.

Absorbés de sommeil, visages, corps et chaussures que la benne retient.

Pas de chariot à bras. La tête porte seule une vie disparue.

***
Mutilation. Les jambes sont de bois. Ils marchent et ils sourient. Tout se voit.

***
Sur la terre infertile, une foule compacte, faux à la main.

Visages mutilés des cadavres exposés, un numéro permet l’identification.

***
Les jambes du garçon ont la grosseur des cannes qui lui servent d’appui.

Un père porte un enfant. Ses lèvres s’abandonnent à l’attente du ciel.

Le bébé sur son sein espère son regard. Sa mère est à la route.

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