La nuit jetée peut être considéré comme un même poème en cinq parties ou bien un livre composé de cinq poèmes. Il s’agit, néanmoins, d’un même cycle, recouvrant plus de dix années de travail. Les personnages et les lieux y sont récurrents. L’écriture évolue avec ses personnages.
D’abord influencé par les grands poèmes narratifs anglo-saxons ou russes, Philippe Blanchon a dû, par l’expérience précise du travail du vers et des parties ou fragments qui composent le et les poèmes, trouver la forme la plus appropriée à l’ambition d’une « fiction » contemporaine en vers et finalement concevoir la cinquième partie, cette Nuit Jetée, qui clôt le cycle.
Depuis ma vingt-troisième année, il s’agissait, pour moi, d’écrire un long poème narratif voire épique : je n’étais concentré que sur ce seul projet. Tous les poètes, de par le monde, venaient nourrir et exciter ma quête d’une aventure poétique inédite, comme autant de savants bouleversants. Il m’est, en effet, impossible depuis ma dix-neuvième année de concevoir une écriture autre que poétique et je suis tout autant et profondément bouleversé par Proust, Joyce, Musil ou Lowry, ayant créé un univers littéraire cohérent. Faire une synthèse des possibilités offertes par la prose et le vers depuis le siècle dernier me semblait une aventure nouvelle ou rare dans la poésie française. Il m’aura fallu quatorze années pour voir le projet de ce livre réalisé. J’en ai écrit la première partie entre 1990 et 1993 et la dernière entre 2001 et 2004.
Le livre, composé de cinq parties, permet le dévoilement de l’évolution de ses personnages indissociable de l’évolution de mon écriture. Jacques et Florence, mais aussi, Jan, Jean et Mary, dans le déroulement de plusieurs années, puis d’une seule journée et d’une nuit enfin, entraînaient le récit, le commandaient. Jacques, qui est l’anonyme mais aussi prénom de roi Florence qui est ville et femme, l’eau qui nous attire irrésistiblement (comme le dit admirablement l’Ismaël de Melville) qu’elle soit mer ou fleuve, veulent se présenter aux lecteurs comme leur possible propriété et réalité, humaine et esthétique.
Philippe Blanchonl VERDIER