Xie Lingyun (385-433) grand poète aristocrate, est à l'origine de la poésie chinoise de paysage dite "montagnes et eaux" shanshui. Sur la petite centaine de poèmes de Xie Ligyun qui nous sont restés, en voici cinq, traduits en français, où, dépassant la description du paysage qui l'entoure, il évoque sa place et sa relation à une nature puissante, admirable et consolatrice.
Passant par la résidence de Shining
Adolescent, j'avais formé le voeu d'une grande moralité
Mais, avec le temps, le monde matériel m'en a écarté
Il me semble que c'est d'hier que date cet abandon
Et pourtant deux décennies se sont écoulées
La vie de Cour ne va pas avec le retrait du monde
Fatigué, malade, je regrette cette loyauté sans faille
Mon inaptitude et la maladie ont eu raison de mes fonctions mondaines
Dès que possible, gagner le calme qui me convient
Ma plaquette de bambou m'assigne la surveillance de la Mer Bleue
Par un détour en bateau, j'ai visité mes anciennes montagnes
Montagnes que j'ai escaladées et descendues en tous sens
Eaux traversées, remontées et descendues, partout
Des rochers abrupts, des lignes de montagnes successives
Des îles succédant aux îles, à perte de vue
Des nuages blancs s'accrochant à des rochers au loin
Les bambous verts embellissent les vagues claires
Construire une habitation à la courbe de la rivière
Et ajouter une tour pour contempler les sommets
Je fais signe de la main, en au revoir, à mes voisins
Dans trois années, je serai de retour
" Plantez des ormes et des catalpas;
N'oubliez pas cet unique souhait que je vous exprime ! ".
Voyage au pavillon du sud
A la fin du printemps, le soir, l'éclaircie après la pluie
Les nuages s'en retournent; le soleil plonge à l'ouest
Dans la forêt profonde s'attarde un reste de clarté
Des pics lointains cachent à demi le disque solaire
Souffrant, pris d'un trouble persistant
De mon auberge, je regarde les chemins bifurquant dans la campagne
Des orchidées d'eau recouvrent progressivement le sentier
Dans les étangs, des lotus commencent d'apparaître
Pas encore lassé de ce beau vert printanier
Et, déjà, la lumière tourne au vermillon
Triste, je soupire en sentant ce monde qui m'entoure
Du blanc par endroits dans mes cheveux dénoués
Musique et bonne chère incitent à vous fixer
Vieillissement et maladie surgissent ici-même
Il me faut attendre les eaux d'automne
Pour me retirer du monde et vivre dans mes anciennes montagnes
Cette ambition de vie, avec qui la partager ?
Seuls des amis proches peuvent comprendre mon coeur.
Passant par le Pavillon de la Grève Blanche
Drapant mes vêtements, je longe le bord sablonneux
Après une marche paisible, j'entre dans la maison de chaume
Près d'un torrent encaissé, parsemé de nombreux rochers
Les montagnes, au loin, miroitent parmi les arbres épars
Ce vert, à l'infini, qu'il est difficile de le dépeindre
Pour le pêcheur, qu'il est facile de s'y glisser
Tenant des liserons, près d'un précipice verdoyant, j'écoute
Mon coeur est à l'unisson du printemps
Des oiseaux jaunes rejoignent un chêne
Des cerfs brament et paissent les spirodèles
Profondémént touché par la disparition des cent
Mais me réjouissant que vous soyez honorés par des présents
Gloire et tristesse alternent l'une l'autre
Prospérité et pauvreté sont sources de joie et de tristesse
Mieux vaut, pour longtemps, vivre libre et léger
Et s'approcher, pour toujours, de la simplicité de la nature.
Ascension, à Shang Shu, de la montagne du Tambour de Pierre
Le voyageur a, de longtemps, le coeur lourd
Tristesse et inquiétude se mêlent en lui
Qu'il est loin le chemin du pays natal !
Au-delà de rivières et de terres infranchissables
La fuite des eaux rapides ne procure plus de joie
Au début du printemps, j'entame l'ascension d'un pied léger
Plaisir du paysage et désir de retraite ne vont pas ensemble
Tristesse et inquiétude toujours se renforcent
Portant le regard sur ma gauche, je contemple la vaste plaine
Me tournant vers la droite, je remarque un étroit défilé
Le soleil couchant fait ressortir les vagues du torrent encaissé
Des nuages se forment et s'accumulent, nombreux, sur les lignes de montagnes
Les angéliques blanches rivalisent avec les fleurs nouvelles des catalpas
Les jeunes pousses vertes des plantes flottantes sont si belles
Je cueille des fleurs odorantes sans pour autant oublier mes soucis
Joie et musique ne parviennent pas à s'harmoniser
Un moment heureux, je le scrute sans le voir venir
Un seul des nuages qui galopent est-il joyeux ?